Prévalence du diabète et de l’hypertension au Niger : Seule la prévention à travers le dépistage précoce est efficace pour lutter contre ces maladies !

Aujourd’hui le diabète et l’hypertension sont devenus un véritable problème de santé publique au Niger. Presque dans chaque famille il y’a au moins un cas. L’Etat et ses partenaires tentent bien que mal d’apporter des réponses à la souffrance qu’endurent les patients. Dans les hôpitaux, les cliniques, les centres de santé, partout vous rencontrez ces types de patients avec souvent des amputations ou des membres bandés. Pour comprendre le oui et le pourquoi de ce fléau, nous nous sommes adressés à plusieurs personnes ressources : Dr Abidinikoum Pierrette Tontondji, médecin interniste option cardiologie, médecin-cheffe des urgences médicales du Centre Hospitalier Régional de Niamey, Me Souleymane Idrissa, Huissier de justice, commissaire-priseur, diabétique, hypertendu et président de l’Association Nationale pour les personnes Atteintes du Diabète (ANAPAD), Ibrahim Idrissa Rachid, citoyen de Niamey, 32 ans, diabétique depuis 2018 et en fin Dr Zakaria Mamadou neurologue et chef de service de neurologie de l’hôpital Général de Référence de Niamey (HGR).

Selon Dr Pierrette Tontondji, médecin-cheffe du CHR de Niamey. Le diabète sucré pose un véritable problème de santé publique au Niger car sa prévalence augmente de plus en plus. Au CHR de Niamey, Il y’a une grande fréquentation, Nous recevons aussi bien les hypertendus que les diabétiques. Ce sont les femmes qui sont les plus touchées par le diabète au Niger, dû actuellement à notre mode de vie et aussi à l’alimentation amorce la médecin-cheffe.

Les gens mangent maintenant très gras et sucré et ne bougent pas. La sédentarité c’est un des facteurs de risque. Dans les temps anciens les gens travaillaient beaucoup, ce sont la plupart des cultivateurs, donc ils font des efforts. Si tu es trop sédentaire, il est évident qu’à la longue tu vas devenir obèse et puis avoir les maladies cardiovasculaires dont

Dr Pierrette Tontondji, médecin-cheffe du CHR de Niamey

le diabète et l’hypertension. Le diabète dit-elle, c’est l’excès de sucre dans le sang, après diagnostique si tu as 1,26g de sucre par litre de sang, à jeun ce que tu es diabétique. Sur le plan épidémiologique au Niger l’enquête STEPS réalisée en 2007 a mis en évidence une prévalence du diabète sucré qui est de 4,2%. Ibrahim Idrissa Rachid, lui explique son cas. « J’étais vraiment graisseux et en surpoids, car je ne contrôlais pas mon alimentation. J’ai aussi des antécédents parce que mes deux grands parents ont le diabète. Actuellement mon papy (Grand-père) est diabétique et hypertendu. Quant à la mamy (grand-mère) avait un diabète compliqué, jusqu’à ce qu’on voulait l’amputer et elle a fait un AVC et paffe elle a quitté ce monde». Regrette-t-il.

Le diabète est devenu récurrent maintenant. Quand vous partez au niveau des hôpitaux chaque jour que dieu fait sur le registre il y’a toujours des nouveaux cas. De plus, les diabétiques ont une double souffrance. Hormis la souffrance physique, il y’a la souffrance économique, des dépenses insoutenables par les plus pauvres. Me Souleymane Idrissa nous parle aussi de ses souffrances. Selon lui, les diabétiques souffrent beaucoup, tant dans leur chair que financièrement.

     Me Souleymane Idrissa
Ibrahim Idrissa Rachid

A titre  illustratif, dit-il, je me souviens en 2018, je passai sur un clou et il a fallu l’heure de la prière quand je faisais les ablutions pour constater que mon pied était tacheté de sang, j’ai regardé au verso de ma chaussure et j’ai vu un clou.

« Le problème du diabète c’est qu’il touche aux nerfs, certains diabétiques peuvent passer sur des braises sans s’en rendre compte » dit-il.

Je suis allé Directement à la clinique où ils m’ont fait le sérum antitétanique. Mais ça ne m’a pas suffi, je suis allé voir mon diabétologue Dr Abdoul Aziz Moumouni, médecin-chef du service endocrinologie à l’hôpital National de Niamey, pour lui demander conseils. Il m’a dit que mon pied est récupérable à condition que je mette la main dans la poche. Il y a un produit appelé Meronia, dont les deux font 52000 f, pendant huit jours, on m’injectait ce produit-là. Après j’ai continué avec un autre produit dont le montant coute 16000 f et avec ce produit j’ai passé plus de neuf mois. Sans compter également d’autres évènements tels que le fait de se déplacer pour voir un médecin ainsi de suite. Aujourd’hui poursuit-il quand tu as une plaie diabétique même le traitement n’est pas le même que ceux qui ont les plaies ordinaires, c’est le double. Si le pansement est à 1000f pour une plaie ordinaire, pour la plaie diabétique ça peut aller au-delà de 2000 f voire 5000 f. Tout ce qui est diabétique est chère, les consultations, les traitements, l’alimentation diabétique. Tout produit diabétique est cher.

C’est comme une ségrégation qui ne dit pas son nom

Une autre souffrance également qu’endurent beaucoup de diabétiques, c’est au niveau de l’activité sexuelle, car le diabète à un moment’’ transforme l’homme en femme’’. Je profite de l’occasion pour conscientiser nos sœurs et femmes de savoir que les diabétiques ont ce problème. Beaucoup pensent que leurs maris trichent dehors et arriver à la maison ne peuvent plus les satisfaire. Non ! C’est le diabète qui fait que des fois quand vous dormez sur votre position, vous ne pouvez plus rien faire. Indépendamment de ça, nous diabétiques avons un problème très sérieux car, il y a une confusion qui règne au niveau des CSI (Centre de Santé Intégré). Au CSI quand certains patients partent pour la première fois, ils n’ont pas de glucomètre. Des fois la personne peut venir dans une situation critique et par inattention on pense que c’est le palu. Donc, on lui administre un sérum glucosé et il va succomber. Ces propos de Me Souleymane son confirmés par Ibrahim Idrissa Rachid, qui dit qu’en Janvier 2018 lorsqu’il a piqué une crise de diabète pour la première fois, on lui a amené dans une clinique de Niamey, où on le soignait comme s’il a le paludisme. Ils croyaient que c’était une rechute de paludisme. Ils étaient obligés de le transférer après des jours de traitements et de réanimation sans résultats. C’est à l’hôpital National que le diagnostic a montré que c’était le diabète. J’aurais pu succomber sous leurs traitements non adéquats , se lamente-t-il.

Le diabète comme beaucoup de maladies s’annonce avant de se déclarer. Les signes ou symptômes se font sentir toujours avant. Mais, au Niger pour plusieurs raisons nous n’avons pas une culture d’aller nous faire dépister à temps à l’hôpital.

Selon Dr Abidinikoum Pierrette Tontondji, Il y a beaucoup de signes. On parle du syndrome polyuro-polydipsique, c’est-à-dire que la personne urine beaucoup surtout la nuit, bois beaucoup, mange beaucoup mais elle maigrie et est très fatiguée. Pour le diabète, il y a beaucoup de signes, mais les principaux qui amènent souvent les patients c’est ça, dit-elle. Ibrahim Idrissa Rachid a noté qu’en Janvier 2018, bien avant son admission à l’hôpital, les symptômes se faisaient sentir. Il urinait beaucoup, et a commencé à maigrir, mais ignorait ce qui lui arrivait. Il dit qu’il allait tout droit se faire dépister si tout est à refaire.

A travers ces propos nous comprenons qu’au Niger les gens n’ont pas la culture du dépistage précoce, or c’est la meilleure façon de prévenir le diabète et l’hypertension. De plus en plus une relation étroite s’est créée entre le diabète et l’hypertension. Les diabétiques passent du diabète à l’hypertension et de l’hypertension à l’AVC ou aux problèmes de reins. DR Zakaria Mamadou est neurologue et chef de service de neurologie de  l’hôpital Général de Référence de Niamey (HGR). Il dit qu’un AVC (accident vasculaire cérébrale) est une pathologie grave et fréquente. Parmi les facteurs de risque modifiables, l’hypertension artérielle est le facteur de risque le plus puissant qui expose les patients à faire un AVC. À chaque fois que la tension artérielle augmente de deux points, le patient à un risque double de faire un AVC, d’où il faut contrôler cette hypertension artérielle là.

DR Zakaria Mamadou, neurologue et chef de service de neurologie de l’hôpital Général de Référence de Niamey (HGR)

Il y a, également le diabète qui multiplie jusqu’à 1,8 voire six fois le risque d’AVC. Plus le diabète n’est pas contrôlé plus les patients ont un risque de faire un AVC. Dr Pierrette Tontondji affirme que le plus souvent à la longue le diabète est lié à l’hypertension artérielle, que tous les organes nobles peuvent être atteints par le diabète. Les reins, les yeux, le cœur et à long terme si tu n’es pas équilibré tu auras des complications. Aujourd’hui l’hypertension est un problème de santé publique au Niger , poursuit-elle. L’étude STEPS en 2007 révèle que 22, 2% ont une élévation de chiffres de tension. Les femmes sont les plus touchées. Le CHR de Niamey, Nous n’avons pratiquement aucun spécialiste, que des médecins internistes, heureusement il y’a ces médecins internistes sinon ça serait la catastrophe dit-elle. Me Souleymane Idrissa, j’ai commencé d’abord par le diabète en 2009. Le 19 Aout 2019 j’ai été transféré au CHU de Niamey, J’étais en hypoglycémie mais en hypertension, la tension était élevée jusqu’à 22. Pendant quelques jours j’étais sous oxygène avant que le Dr cardiologue ne détermine qu’il s’agit d’un problème de reins. Tout ça c’est les conséquences du diabète. Le diabète, le plus souvent après dix ans va procéder à des complications. Pour mon cas, la complication est dû au fait que je n’ai pas écouté les conseils donnés par mon diabétologue.je me suis sentis bien portant, j’ai jeûné, et depuis c’est des problèmes sur problèmes, jusqu’à ce que j’étais admis au niveau du CHU de Niamey. C’est pour dire à mes sœurs et frères diabétiques de faire très attention et d’écouter scrupuleusement les conseils donnés par les diabétologues, s’exclame-t-il. Le diabète comme l’hypertension peuvent être évités si nous adoptons des attitudes allant dans le sens de les prévenir. De même nous pouvons les stabiliser avec une bonne conduite s’il se trouve qu’on est déjà victime Pour Dr Pierrette Tontondji, il faut une bonne hygiène de vie pour éviter le diabète. Mangez peu salé, peu sucré et peu gras. Il faut bouger trop et contrôler régulièrement sa glycémie. Souvent même à 2g de glucose par litre de sang tu ne sens pas la maladie. Hors, déjà à 1,26g les complications à long terme se préparent. Pour ceux qui sont atteints il faut respecter les traitements sinon on revient toujours avec des complications. Au stade de la complication Tu vas prendre beaucoup de médicaments, qui sont chères et c’est plus difficile à gérer. Pour les personnes âgées je leur préconise la marche, au moins trois fois par semaine et pendant 45minutes à une heure. Les autres peuvent aller faire la gymnastique et autres conseille-t-elle. Pour Me Souleymane Idrissa une fois atteint vous ne pouvez plus être la même personne qu’avant d’avoir le diabète, ce n’est pas possible, c’est irréversible. Il faut donc prévenir. « Je ne souhaite à personne de vivre ce que je vis actuellement ! »  , avance-t-il. Pour Me Souleymane Idrissa, il vaut mieux sensibiliser les gens parce qu’en sensibilisant les gens vous évitez à certains de rentrer dans les travers de la maladie. Le ministère de la santé de concert avec les associations du secteur doivent multiplier la sensibilisation et les séances de dépistage gratuit à l’endroit de la population. Le ministère en charge de santé devrait mettre les associations dans le minimum des conditions pour leur permettre de faire le tour du Niger pour être au contact de beaucoup de malades. Pour le président d’ANAPAD, seul une synergie d’actions de l’ensemble des ONG et associations intervenant dans le cadre du diabète peut réellement contribuer à l’éradication de la maladie du diabète, et ses suites comme l’hypertension. Il y a des gens qui ont les moyens et ceux qui ont des idées, moyen plus idée égalent à bonne action,  dit-il.

Suite aux recueillements de tous ces témoignages et avis, il ressort que le sport doit être privilégié par tous pour prévenir et même pour stabiliser le diabète et l’hypertension. Nous devons adopter un mode de vie responsable et discipliné. Car, non seulement il nous faut une bonne hygiène de vie mais aussi une culture de contrôle de notre état sanitaire dès l’apparition de signes étranges. C’est pourquoi, l’Etat et ses partenaires ainsi que les journalistes doivent multiplier les sensibilisations à l’endroit de la population sur le dépistage précoce pour prévenir ces maladies. Car, la prévention est la seule vraie arme de lutte contre le diabète et l’hypertension.

Reportage réalisé par HAMIDOU SALEY Mouhamed

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One Thought to “Prévalence du diabète et de l’hypertension au Niger : Seule la prévention à travers le dépistage précoce est efficace pour lutter contre ces maladies !”

  1. HAMIDOU SALEY

    Très édifiant en tout cas !

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