L’infertilité : Pourquoi stigmatiser la femme et faire d’elle la seule responsable de la survenue de ce phénomène ?

Les causes de l’’infertilité au sein d’un couple peuvent venir aussi bien des hommes que des femmes cependant, dans l’imaginaire collectif des sociétés traditionnelles, lorsqu’après un an, deux ans de mariage, la femme ne montre aucun signe de grossesse, commencent alors des forts soupçons en sa défaveur.

A ce stade encore, l’on peut toujours accorder à la femme le bénéfice du doute mais lorsqu’après 4 ans par exemple rien n’est constaté commence alors l’engrenage.
C’est le début des comportements hostiles qui peuvent aller des invectives jusqu’à l’atteinte à l’intégrité physique en passant par les injures.
Dans bien des cas tout cela aboutit aux divorces des couples.
Si d’aventure la femme incriminée se remarie et qu’elle arrive à avoir des enfants elle est disculpée et peut retrouver son amour propre.
Mais dans le cas échéant la stigmatisation continuera de plus belle.
L’homme quant à lui, continuera de vivre sans jamais être soupçonné.
Mais de nos jours, les choses peuvent changer avec l’intervention de la médecine moderne qui peut aisément situer la » responsabilité ».
Dans tous les cas, la maternité ou la paternité de l’un et de l’autre ne peuvent en aucun cas se comparer à leurs valeurs humaines que leur a concédées le créateur.
Selon Docteur Laouali Moussa, médecin gynécologue et obstétricien au centre de la mère et de l’enfant de Dosso, sur 10 consultations demandées dans leur service de santé, il faut noter un cas d’infertilité.
Ce qui veut dire que souvent des couples ou de façon individuelle des femmes et des hommes viennent diagnostiquer leurs problèmes d’avoir des enfants.
Mais, c’est surtout après avoir attendu plus de trois ans, période pendant laquelle ils ont essayé de guérir sans succès leur mal par la voie de la médecine traditionnelle.
C’est le retard qu’ils accusent avant de décider d’une consultation chez un médecin spécialiste qui aggrave leurs situations, a-t-il souligné.
Docteur Laouali Moussa affirme que ce retard est causé parfois parce que le mari pourrait penser à se remarier avec une autre femme pour tester sa fécondité.
Et c’est quand il n’arrive toujours pas à faire des enfants avec cette nouvelle conjointe que l’idée d’aller voir un médecin spécialiste lui vient à l’esprit.

Docteur Laouali Moussa Gynécologue obstétricien

Le cas le plus fréquent est celui de l’infertilité primaire où le couple n’a jamais procréé depuis le début de leur vie commune, a-t-il rappelé.
L’infertilité secondaire est aussi une réalité des couples, qui après avoir fait des enfants une fois ou deux, passent plusieurs années sans procréer.
Cependant, le cas le plus alarmant reste celui de l’infertilité primaire qui expose surtout la femme aux critiques et condamnations arbitraires de la société, a-t-il noté.
Grace aux progrès de la science et de la médecine moderne, poursuit-il, l’infertilité peut être liée à l’alimentation qui, en temps réel, doit être de qualité suffisante pour la production des spermatozoïdes.
Aussi chez la femme l’ovule créé doit descendre dans l’ovaire obéissant au processus normal de la fécondité.
Dans les deux cas cités, il indique qu’il peut bien y avoir des anomalies ou chez l’un d’entre eux.
C’est après un bilan que le médecin va signifier au couple les raisons de leur infertilité, renchérit-il.
L’infertilité présente des pathologies qui sont traitables très facilement à moins qu’il n’y ait des complications, a déclaré Docteur Laouali Moussa.
Ce qui veut dire qu’un couple déclaré infertile peut admettre à une prise en charge médicale.
Pour ce qui est du bilan auquel il fait allusion, il s’agit de la radiographie, l’échographie et le spermogramme (examen médical destiné à évaluer la vitalité, la forme la mobilité ainsi que le nombre de spermatozoïdes présents dans le sperme d’un homme).

M.Harou Djibo
Sociologue

L’infertilité est une Problématique éminemment sociale où c’est la gent féminine qui endosse la responsabilité, ‘c’est-à-dire que la principale victime est la femme, a noté Monsieur Harou Djibo un sociologue de formation.
C’est une croyance qui est largement répandue même dans les villes mais avec moins d’ampleur que dans le monde rural, a-t-il ajouté.
Même si l’infertilité vient de la femme ce n’est pas une raison pour la bannir car le premier plaisir qu’éprouve une femme c’est d’avoir un enfant, a soutenu le sociologue.
« Nul n’est mieux placé qu’une femme pour savoir la valeur d’un enfant car cela justifie son statut de femme. »
C’est pourquoi il estime que des programmes et politiques doivent être mis en œuvre pour conscientiser à grande échelle la population.
Cette population doit comprendre le phénomène de l’infertilité et protéger la femme, marqua-t-il.
Pour aborder cette problématique au quotidien il faut passer par les canaux traditionnels de communication tels que les medias, a-t-il conclu.
Par ailleurs, autonomiser une femme qui se trouve dans cette situation contribue à renforcer son image dans la société.
Quant à Monsieur Abdou AMADOU, un cadre de la direction régionale de la promotion de la femme et de la protection de l’enfant de Dosso, les causes de l’infertilité sont nombreuses mais les plus fréquentes restent liées à l’alimentation qui doit être de qualité.
Il y a aussi l’utilisation des produits contraceptifs avant le mariage qu’il faut prendre en compte car des jeunes filles cherchant à éviter des grossesses non désirées peuvent se confronter plus tard au problème de procréation pendant plusieurs années une fois mariées, a-t-il expliqué.
Chez l’homme, il y a la consommation des excitants et les maladies sexuellement transmissibles non traitées.
Après un sondage, il convient de noter que sur 10 couples deux vivent la situation d’infertilité, a-t-il lancé.

M. Abdou Amadou Sociologue

En perspectives, Monsieur Abdou AMADOU est d’avis que l’autonomisation d’une femme infertile permet de réduire sa souffrance.
Car cette autonomie financière peut lui permettre d’adopter les enfants des autres, pense-t-il.
Selon lui, il faut savoir vivre avec ce problème qui ne peut en aucun cas exclure la femme de la société car, certes elle ne peut pas contribuer à la fondation d’une famille biologique mais elle peut jouer un rôle d’intérêt communautaire et se rendre utile aux sollicitations des uns et des autres.
En définitif, il faut retenir qu’une femme est plus qu’une mère et un homme est plus qu’un père.
Issa Moussa

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