Note sur la littérature nigérienne

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La littérature nigérienne d’expression française est, tout naturellement, fille de la colonisation française au Niger. Elle naît bien tard après l’éclosion du mouvement de la Négritude et de l’importante production littéraire qui en a résulté dans divers domaines tels que le roman, la poésie, l’essai, etc. Cette naissance peut se situer autour des années 50, faute de sources fiables à ce sujet. En effet, c’est en 1959 que paraît le livre d’Ibrahim Issa, Grandes eaux noires, ‘’premier grand texte nigérien en prose’’ d’après J.D. Pénel. Malgré ce retard dû à divers facteurs, la littérature nigérienne va connaître un essor et s’intéresser à tous les domaines notamment le roman, le théâtre, la nouvelle, la poésie, l’essai et même l’épopée. Dans la veine de l’essai, on peut évoquer la réflexion politique : Les problèmes brûlants de l’Afrique (Boubou Hama, en 3 tomes), L’Education en Afrique (Pr Abdou Moumouni), Refonder la gouvernance démocratique au Niger (Mahamane Ousmane), Les chiens aboient et la caravane passe (Ibrahim Hassane Mayaki), Une expérience de réforme dans le système éducatif (Laouali Mahaman Dan Dah), Un compagnon de Kountché (Moumouni Djermakoye Adamou), et bien d’autres auteurs. Mais il n’existe, à l’heure actuelle, aucun répertoire dressé en vue d’une connaissance exacte des écrivains et penseurs nigériens de tous bords. L’Association des écrivains nigériens a dû peut-être faire ce genre de travail. La recherche et la critique universitaires peuvent contribuer valablement à cette recension. Quitte à mettre constamment à jour ce répertoire. Aujourd’hui, avec les universités installées à l’intérieur du pays, ce vaste champ en friches qu’est notre répertoire culturel (les chansons, les pièces théâtrales radiophoniques, les œuvres écrites, toute la production publicitaire, les langues nationales et toute la littérature orale qu’elles véhiculent, etc.) doit être exploité pour une meilleure connaissance de nous-mêmes, de notre identité. Dans la dédicace de sa thèse publiée qu’il m’offrait, Dr Amadou Saibou Adamou écrivait : «A mon frère…,  ces esquisses sur nous qui réclament un approfondissement ».
De son côté, Jean-Dominique Pénel, critique littéraire, soulignait déjà en 1993 l’intérêt du travail de recension des œuvres littéraires des écrivains nigériens : « Toute cette entreprise a pour but, rappelons-le, de provoquer, d’abord auprès des Nigériens et ensuite de l’extérieur, une prise de conscience du fait littéraire et permettre la reconnaissance collective de sa valeur. Qu’ils créent oralement, ou par écrit, dans les langues nationales ou étrangères, les littéraires nigériens constituent une donnée importante pour l’identité de la nation, non seulement par rapport aux racines dans le passé, mais aussi dans ses aspirations et ses visées pour l’avenir. A l’heure où l’organisation politique nouvelle favorise l’expression sous toutes ses formes, à l’heure où l’on comprend de plus en plus qu’il n’y a pas de développement sans dimension culturelle, la valorisation de la littérature (au sens large du terme) non pas comme une vague possibilité mais comme une nécessité fondamentale à laquelle Rencontre a voulu apporter sa contribution. »
Les études universitaires ont la particularité d’investiguer le champ et aussi de le parcourir dans tous les sens pour inventorier, classifier, examiner les outils et en tirer les remarques qui s’imposent.
Le roman :
Le roman représente le genre de prédilection, surtout auprès de la jeune génération des écrivains nigériens. Sans doute pour l’entrain qu’il offre pour les récits autobiographiques à travers lesquels les langues se délient, parce qu’on veut faire part aux autres de sa propre expérience de la vie, parce qu’on veut partager les amertumes d’une passion envolée, parce que…
Parmi les précurseurs, il faut citer Ibrahim Issa avec ‘’Grandes eaux noires’’, à la suite de qui il y a lieu de citer les récits autobiographiques de Boubou Hama, notamment l’aventure d’Albarka, entre autres. C’est surtout la généfation 1970 à 2000 qui va faire connaître le roman nigérien. En 1978, Idé Oumarou remporte le Grand Prix littéraire de l’Afrique Noire avec son roman Gros Plan. 15 ans, ça suffit du journaliste Amadou Ousmane est porté à l’écran par le cinéaste ivoirien Sidiki Bakaba ; le roman Saraounia d’Abdoulaye Mamani est également porté à l’écran par le cinéaste mauritanien Med Hondo. Jeunes collégiens, nous avions lu avec grand plaisir le roman d’une autre figure de la presse nigérienne Maïmou, ou le drame de l’amour, de Diado Amadou. On peut citer beaucoup de titres de romans : La camisole de paille d’Idé Adamou, le Nouveau juge d’Amadou Ousmane, Zimboni de Tadé Amadou Siddo, Mushé d’Amadou Seyni Kambébobo, La valse des vautours et Tels pères, tels fils d’André Salifou, Les caprices du destin de Mahamadou Halilou Sabo, le fils de l’ambassadeur de Amadou Madougou, Koshi ou l’appel des arènes de Sériba Mahaman Laoul, Attaché d’ambassade d’Albert Issa, un élu du peuple de Sidi Zakari préfacé par le journaliste Kotidi Idimama, le fils du sage de Boubé Saley Bali, le voyage d’Hamado de Mahamadou Bania Say, Halimatou d’Abdoua Kanta. Il existe beaucoup de jeunes romanciers presque inconnus du public. Parmi eux, on pourrait citer Abdoulrazak René Joli, lauréat des jeux franco phones d’ABIDJAN, etc.
Nous soulignons une chose importante : le contexte culturel des années 70 était celui de l’éclosion du 7ème art au Niger, je veux dire le cinéma, avec les films d’Oumarou Ganda, de Djingarey Mapga, de Moustapha Alassane. Un art concourt avec un autre à l’épanouissement de la pensée et de la culture. Le théâtre a contribué au même essor avec le balai de Mamani Abdoulaye, Tanimoune, pièce historique du Pr André Salifou. De celui-ci, on pourrait ajouter d’autres titres notamment, le fils de Sogolon, Ousmane Dan Fodio, Serviteur d’Allah, etc.
Le théâtre :
Plusieurs catégories existent. Cet art du spectacle a connu dans ce pays un grand essor. Je parlerai du théâtre populaire qui a connu le faste avec le festival de la jeunesse ainsi que le théâtre radiophonique en Haoussa et en Zarma relayé par l’ORTN de Zinder et Niamey. Les œuvres écrites en français sont celles de 4André Salifou. On peut aussi citer Une vie de cent carats, de Chaibou Dan Inna.
Pour ce qui est des acteurs, Yagi Dogo est la figure emblématique. On pourra citer beaucoup d’autres noms, tels Hima Adamou, Abdou Salam Adam, Hadjia Délou, Chef Koutoukouli, etc.
Il faut aussi rappeler le rôle combien important joué par le théâtre scolaire et estudiantin dans les grandes villes. Voir à ce sujet les écrits de Mahamadou Halilou Sabo ou de Dr Keletegui Abdourahmane, voir Rencontre ci-haut référencé..
La poésie :
La plupart des poètes sont aussi des romanciers, quelque fois romanciers et dramaturges. C’est le cas pour Abdoulaye Mamani qui a réussi presque tous les genres (roman, nouvelle, poésie, théâtre, essai). Il y a également Adamou Idé, Mamadou Bania, Shaïda Zaroumèye avec son recueil Alternances pour le sultan, Moussa Naganou, etc. On ne saura oublier le fils du Dendi Boubé Zoumé auteur de Souffles du coeur D’autres, non moins productifs, peuvent être évoqués. Tels, par exemple, Soli Abdourahmane- plusieurs fois lauréat (au festival national, au Concours littéraire des Vèmes Jeux de la francophonie de Niamey en 2005), Dogo Mayaki ou encore Ousmane Dan Lélé, l’inspecteur Aoula Illa, Tadé Amadou Siddo avec sa Poésie outre-code, etc.
Que sont devenus les différents textes primés ou non présentés aux éditions du festival national de la jeunesse ou à différents concours littéraires ? Que sont devenus les poèmes publiés par Sahel Hebdo puis Sahel Dimanche ? Que sont devenus les différents textes présentés aux concours organisés à l’intention du public scolaire et estudiantin par la Bibliothèque du Centre Culturel Marcel Pagnol de Zinder (ancienne BAF) et le Centre Culturel Français Jean Rouch de Niamey ? On pourrait poser la même question au sujet des nouvelles publiées par le Sahel tantôt évoqué.
Nous manquons de politique de collecte, de conservation, de diffusion et de promotion de notre pensée, de notre littérature, partant de notre culture. Les étudiants en lettres trouveront de la matière à traiter dans le cadre de leurs travaux de recherche en master et doctorat.
La nouvelle :
Ce genre mineur a connu le succès surtout avec le concours de RFI qui sélectionnait et primait les meilleures nouvelles. Celles-ci étaient publiées. Cela favorisait d’emblée la connaissance des auteurs et des œuvres. Les ateliers d’écriture organisés par le CCFN Jean Rouch de Niamey ont eu pour impact d’encourager les jeunes à produire. Dans cette veine, on peut citer le recueil Les cauris veulent ta mort et douze autres nouvelles du Niger ou encore Miroir d’une ère d’Issaka Yayé Maiga (06 nouvelles) réédité en 2015 chez Afrique Lecture. Le recueil Une si longue absence Nouvelles (12) et contes du Niger vient offrir aux lecteurs des œuvres produites par de jeunes nigériens. Je citerai des noms féminins car les productions féminines sont très peu nombreuses. Je citerai donc Mariama Abdoulaye Louis pour sa nouvelle dont le recueil porte le titre, Maina Mariama avec sa nouvelle L’amulette, Mariama Alassane avec sa nouvelle Lettre à ma fille et Ouma Amadou Hasane avec sa nouvelle au titre interrogateur Pourquoi ? C’est dire que la parole est aux femmes. Elles ont choisi de prendre la parole, d’écrire, pour marquer une présence – celles des femmes écrivaines, ou des femmes tout court- nous donnant ainsi une autre façon de relater la vie, une autre façon de percevoir et de présenter sinon représenter la femme nigérienne. On pourra aussi consulter une anthologie de la littérature nigérienne pour découvrir d’autres auteurs et leurs textes.
Le conte :
Deux auteurs, parmi les précurseurs, se sont intéressés à ce genre narratif. Il s’agit de Boubou Hama et de Dr Keletegui Abdourahmane. Ils ont en effet publié ensemble un recueil intitulé Contes du Niger.
Le professeur Abdoul-Aziz Issa Daouda a publié deux recueils sur les récits épiques du Niger. Ce travail de chercheur vient offrir au public des récits de la tradition orale définitivement conservés à l’écrit. Il faut y ajouter le recueil dont nous avons fait cas dans le point 4 consacré à la nouvelle.
L’essai :
Nous avons déjà cité quelques auteurs et titres. C’est Boubou Hama qui est la figure représentative et même le dinosaure en la matière.

Mahamadou Ango
IPR de français Dosso

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